Fils cadet de Léger Giraudoux3, employé des Ponts et chaussées, et d’Anne Lacoste, Jean Giraudoux naît à Bellac, un an avant la nomination de son père à Bessines. Ce dernier quitte le corps des Ponts et chaussées en 1890 pour devenir percepteur à Pellevoisin. Reçu premier du canton au certificat d’études en 1892, Jean Giraudoux entre en octobre 1893 comme boursier au lycée de Châteauroux, qui porte aujourd’hui son nom (lycée Jean-Giraudoux)N 2, où il fait sa première communion en juin 1894, et est interne jusqu’à son baccalauréat en 1900.

Bachelier de philosophie, il poursuit ses brillantes études en classes préparatoires au lycée Lakanal de Sceaux pour tenter le concours littéraire de l’École normale supérieure ; il termine sa seconde année de khâgne avec le prix d’excellence et obtient le premier prix de version grecque au concours général en 1902. Reçu 13e sur 21 à l’École normale supérieure de Paris, il accomplit son service militaire au 98e régiment d’infanterie à RoanneClermont-Ferrand et Lyon, dont il sort en 1903 avec le grade de caporal. Entré à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, dans la section lettres, il est passionné par la culture allemande. Après l’obtention, avec la mention « bien », de sa licence de lettres à la Sorbonne en juillet 1904, avec un mémoire sur les Odes pindariques de Ronsard, il passe, sur les conseils de son maître Charles Andler, dans la section d’allemand en novembre.

Ayant obtenu une bourse d’études, il s’inscrit alors à l’université de Munich. Durant l’été 1905, il est le répétiteur du fils du prince de Saxe et de Paul Morand à Munich, et il rencontre Frank Wedekind. Puis il part en voyage pour la Serbie, l’Autriche-Hongrie (Trieste entre autres) et Venise en Italie. En 1906, il obtient sa maîtrise et fait, durant l’été, un séjour linguistique en Allemagne4. Après un échec à l’agrégation d’allemand, il se rend aux États-Unis, de septembre 1907 à mars 1908, avec une bourse pour l’Université Harvard. À son retour, il entre à la rédaction du Matin et prépare le concours des Affaires étrangères, auquel il échoue en 1909. La même année, il publie son premier livre, Provinciales, remarqué par André Gide. En juin 1910, reçu premier au concours des chancelleries, il est nommé élève vice-consul à la direction politique et commerciale du ministère des Affaires étrangères ; il assure le convoiement de la valise diplomatique à ConstantinopleMoscou, puis Vienne. Par ailleurs, il fait la connaissance de Rosalia Abreu (1886-1955), sœur de son ami Pierre, une jeune héritière cubaine, pour laquelle il éprouve une passion non partagée.

Promu attaché au bureau d’étude de la presse étrangère en septembre 1912, il devient vice-consul de 3e classe en 1913. La même année, il fait paraître chez Grasset L’École des indifférents et entame une liaison avec Suzanne Boland (1881-1969), mariée au commandant Paul Pineau, mais séparée de son mariN 3.

Mobilisé comme sergent au 298e régiment d’infanterie en 1914, puis nommé sous-lieutenant, il a été blessé le 16 septembre sur l’Aisne (au nord-est de Vingré), lors de la contre-offensive qui a suivi la victoire de la Marne, aux Dardanelles en 1915, et nommé chevalier de la Légion d’honneur. Convalescent, il entre au bureau de la propagande du ministère des Affaires étrangères grâce à Philippe Berthelot, avant de participer à une mission militaire et diplomatique à Lisbonne en aoûtnovembre 1916. Il prend part ensuite à la « mission Harvard », qui le conduit aux États-Unis en avrilaoût 1917.

Ce faisant, il continue d’écrire, faisant paraître Retour d’Alsace. Août 1914 en 1916Lectures pour une ombre en 1917Amica America et Simon le pathétique en 1918.

Maturité (1919-1940)[modifier | modifier le code]

Après la guerre, il s’éloigne de l’Allemagne. Démobilisé en 1919, il devient secrétaire d’ambassade de troisième classe et dirige le Service des œuvres françaises à l’étranger (1920) puis le service d’information et de presse au Quai d’Orsay (fin octobre 1924). Au Quai d’Orsay il rejoint un de ses amis d’enfance le diplomate Philippe Berthelot.

Suzanne Boland lui donne un fils, Jean-Pierre, le 29 décembre 1919. Ils se marieront en 1921, Suzanne ayant divorcé l’année précédente. La même année paraît Suzanne et le Pacifique, roman suivi en 1922 par Siegfried et le Limousin, qui se voit décerner le prix Balzac5, et en 1924 par Juliette au pays des hommes. En 1926, il est promu officier de la Légion d’honneur.

En 1927, il se fait placer hors cadre à la disposition de la Commission d’évaluation des dommages alliés en Turquie, commission où il reste sept ans. Ce poste lui laissant beaucoup de temps libre, il en profite pour écrire un roman, Églantine, s’inspirant du financier juif, Léonard Rosenthal et ses premières pièces de théâtre. La rencontre avec Louis Jouvet en juin 1927 par l’entremise de Bernard Zimmer stimule en effet sa création théâtrale avec le succès de Siegfried (1928), adaptation théâtrale de son roman Siegfried et le Limousin, d’Amphitryon 38 (1929) et d’Intermezzo (1933), malgré l’échec de Judith (1931).

À la fin de 1931, il entame avec Anita de Madero une liaison qui s’achève en 1936 par le départ de la jeune héritière argentine qui part se marier en Amérique du Sud.

En juin 1932, il est chargé de mission au cabinet d’Édouard Herriotprésident du Conseil6, qu’il accompagne lors de la conférence de Lausanne. La même année, il écrit la préface de la traduction du livre de l’écrivaine germanophone d’origine messine Adrienne ThomasCatherine Soldat.

En 1934, il est nommé inspecteur général des postes diplomatiques et consulaires. Au moment où l’horizon de l’Europe s’assombrit, il écrit La guerre de Troie n’aura pas lieu. La pièce est un plaidoyer désespéré en faveur de la paix, et par-delà ce contexte, Giraudoux y dénonce la complicité entre l’art et la guerre. Il montre que la « nécessité » ou le « destin », souvent invoqués par les gouvernants pour imposer leur décision, constituent une dangereuse fiction. En 1936Jean Zay lui propose la direction de la Comédie-Française, mais il la refuse. La même année, il devient commandeur de la Légion d’honneur.

Le 28 avril 1939, il rencontre dans un studio de la radio, lors d’un entretien sur Ondine, Isabelle Montérou, jeune journaliste avec laquelle il entame une liaison qui dure jusqu’en novembre 1943. À la veille de la guerre, Giraudoux publie un important essai politique, recueil d’articles et de conférences : Pleins pouvoirs (Gallimard, 1939), dans lequel, prenant modèle sur les États-Unis, il demande notamment l’adoption d’une politique d’immigration, afin, non « d’obtenir dans son intégrité, par l’épuration, un type physique primitif, mais de constituer, au besoin avec des apports étrangers, un type moral et culturel »7. Sa préférence va vers « une immigration scandinave éminemment souhaitable »8, à l’exclusion de « ces races primitives ou imperméables dont les civilisations, par leur médiocrité ou leur caractère exclusif, ne peuvent donner que des amalgames lamentables », symbolisées selon lui par les Arabes9.

Devant la montée des périls, Giraudoux s’engage en politique. Lors du remaniement ministériel du 29 juillet 1939, il est nommé par Édouard Daladier Commissaire général à l’information et prononce ses Messages du Continental, contre la guerre hitlérienne.

Le 21 mars 1940, lors de la formation de son gouvernementPaul Reynaud le remplace par Ludovic-Oscar Frossard, nommé ministre de l’Information, et il devient président d’un « Conseil supérieur de l’information ».

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